Face à soi : Prendre le courage de se rencontrer
Nous connaissons tous la fameuse phrase « Connais-toi toi-même » de Socrate. Elle renvoie principalement au fait qu’avant de chercher à connaître le monde, les autres ou la place que nous y occupons, nous devrions commencer par nous interroger sur nous-mêmes. Je trouve ce point de vue assez intéressant, car il nous recentre sur nous-mêmes et nous confronte à notre propre réalité. Il nous pousse à nous demander : qui sommes-nous en réalité ?
Chris Uriel Gnakale
Rédacteur

Nous vivons dans un monde qui glorifie une culture du paraître. Cette dynamique est amplifiée par les réseaux sociaux, qui nous montrent constamment que l’herbe est plus verte ailleurs. Les contenus sur le « self-improvement » et sur la manière de devenir la meilleure version de soi-même pullulent de plus en plus. À force, nous ressentons le besoin de nous conformer et de suivre le mouvement.
Devenir la meilleure version de nous-mêmes
Vouloir devenir une meilleure version de soi-même n’est pas une mauvaise chose en soi. Le problème, selon moi, survient lorsqu’on fait de cette quête toute notre personnalité, au détriment de la personne que nous sommes déjà.
Car nous pouvons passer des heures à travailler sur notre apparence, nos compétences et nos habitudes, sans jamais prendre le temps d’examiner nos insécurités, nos peurs ou nos contradictions.
Mais peut-on véritablement se construire si l’on ne prend jamais le temps de comprendre sur quoi l’on est en train de bâtir ?
Nous avons tous, à des degrés différents, une image de nous-mêmes que nous souhaitons préserver. Nous voulons être perçus comme courageux, généreux, intelligents ou dignes de confiance. Et parfois, pour maintenir cette image, nous dissimulons nos faiblesses ou refusons de reconnaître nos erreurs.
Nous pouvons nous considérer comme généreux tout en agissant parfois par égoïsme, défendre l’honnêteté tout en nous arrangeant avec la vérité lorsque celle-ci nous dérange, ou encore réclamer de la compréhension tout en ayant du mal à en accorder aux autres. Nous préférons parfois préserver l’histoire que nous racontons sur nous-mêmes plutôt que d’admettre que nos actes ne correspondent pas toujours à nos valeurs.
Mais les parties de nous-mêmes que nous choisissons d’ignorer ne cessent pas d’exister simplement parce que nous cessons de les regarder.
Oser se voir entièrement
Je trouve qu’il y a de la beauté à se regarder de manière entière et honnête, à se donner l’opportunité de se voir réellement, sans maquillages ni artifices, et de prendre connaissance de notre intériorité.
Bien sûr, cela demande du courage et beaucoup de force. Il n’est pas facile d’admettre que nous ne sommes pas parfaits, et encore moins de prendre le temps d’observer comment ces tares se manifestent dans différents aspects de nos vies. Mais il est important de le faire, non pas parce que l’on veut que tout le monde sache que nous ne sommes pas parfaits, mais parce que, sans une réelle évaluation de nos ténèbres, il n’est pas possible de laisser place à la lumière.
Toutefois, se confronter à soi ne signifie pas se condamner. Reconnaître ses défauts ne revient pas à se réduire à eux, pas plus qu’accepter ses faiblesses ne signifie renoncer à les dépasser. Nous ne sommes pas uniquement nos erreurs, nos peurs ou nos contradictions. Nous sommes aussi capables de les reconnaître, d’en tirer des leçons et de choisir d’agir autrement, tout en nous laissant la possibilité de devenir autre chose.
En acceptant que nous n’avons pas toutes les réponses et que certaines parties de nous-mêmes ont besoin de plus d’attention, nous pouvons dès lors orienter nos efforts et notre travail sur nous-mêmes de la bonne manière.
Il n’y a pas de reconstruction sans évaluation des dégâts, ni d’opération sans analyse médicale préalable.
Apprendre à se connaître, entièrement et honnêtement, est difficile, car cela demande de regarder en face les parties de soi que nous avons décidé d’enfouir au plus profond de nous-mêmes. Mais cela est aussi l’un des plus grands cadeaux que l’on puisse s’offrir.
Car peut-être que le véritable courage ne consiste pas à devenir la personne que tout le monde admire, ni à devenir quelqu’un qui ne commet pas d’erreurs, ce qui est impossible. Peut-être consiste-t-il simplement à avoir l’honnêteté de reconnaître qui nous sommes aujourd’hui pour nous donner l’opportunité d’être meilleurs demain.
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