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Mondes intérieurs

Et si le silence avait quelque chose à nous dire ?

« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos, dans une chambre. » Blaise Pascal.

K

Kady Diarrassouba

Rédactrice et animatrice

4 min de lecture
Et si le silence avait quelque chose à nous dire ?

Étendue sur son lit dans le noir, elle appréhendait encore une fois la fin de cet appel téléphonique. L’alarme à son chevet affichait deux heures du matin et elle savait très bien qu’il était temps de raccrocher et de laisser son compagnon se reposer. Pourtant, une chose la retenait encore. Au fond d’elle, elle craignait le silence qui suivrait une fois cet appel terminé.

En tant qu’individus évoluant dans une société constamment active, nous vivons dans le courant des choses. Le train-train de la journée, cette course folle entre trajets, cours, emplois et autres activités, laisse peu de place au silence et au son de nos propres pensées. Il devient difficile de laisser passer quelques minutes silencieuses sans chercher à les occuper d’une quelconque façon.

Et puis, le soir venu, lorsque le calme s’installe, il n’y a plus rien pour couvrir le son de notre esprit. Les bruits extérieurs ont pris le dessus et les voix qui nous appartiennent réellement nous semblent étrangères, au point d’en avoir même peur.

Pourquoi le silence nous met parfois mal à l’aise ?

Il n’y a sans doute pas une seule réponse à cette question. Au fil de mes recherches, deux pistes ont particulièrement retenu mon attention : notre habitude d’être constamment stimulés et ce que nous pouvons ressentir lorsque nous nous retrouvons seuls avec nos pensées.

Dans un premier temps, notre inconfort face au silence peut venir du contraste qu'il crée avec un quotidien constamment stimulé. Musique, notifications, films, conversations : nous avons aujourd'hui accès presque instantanément à une nouvelle source de stimulation dès que l'ennui apparaît.

À force, nous nous habituons à être sans cesse sollicités et à en vouloir toujours plus. Une synthèse publiée en 2024 dans Communications Psychology avance justement que l’usage des médias numériques pourrait renforcer ce besoin de stimulation, au point que les activités plus calmes nous paraissent plus vite ennuyeuses. Passer soudainement de ce rythme au silence peut alors créer un contraste : notre attention, habituée à être occupée, se retrouve sans rien à saisir et cherche rapidement quelque chose pour combler ce vide.

Dans un second temps, il peut s’agir d’une véritable peur de ce que le silence peut révéler. Dans notre société saturée de distractions, le silence agit comme un retour vers des réalités que nous cherchons souvent à fuir : pensées profondes, émotions enfouies, inquiétudes refoulées…

Le concept d’évitement expérientiel, validé par la recherche scientifique peut nous servir ici d’explication. La célèbre étude de Timothy Wilson et de ses collègues publiée dans la revue Science par l’Université de Virginie démontre la crainte que nous pouvons ressentir dans ce face à face avec le silence.

Dans une série d’expériences, les chercheurs ont placé des participants seuls dans une salle vide pendant 6 à 15 minutes, sans téléphone ni distractions. Ainsi confrontés au seul bruit de leurs pensées, 67% des hommes et 25% des femmes ont préféré s’administrer un choc électrique plutôt que de rester assis en silence avec eux-mêmes.

Bien que cette expérience ne nous dise pas exactement ce que les participants cherchaient à éviter, elle montre toutefois qu’être seuls avec leurs pensées, même pendant quelques minutes, peut être inconfortable pour certaines personnes. Peut-être est-ce aussi pour cela que nous cherchons si vite à remplir le silence, avant même d’avoir écouté ce qu’il pourrait nous raconter.

Et pourtant, le silence a parfois des choses à nous dire

Parfois, laisser suffisamment d’espace à son monde intérieur permet d’entendre ce dont on a réellement besoin.

Comment savoir que vous êtes épuisé si vous ne vous arrêtez jamais ?

Comment comprendre une situation douloureuse si vous ne lui laissez pas de place ?

Comment savoir ce que vous voulez, ce dont vous avez besoin, si votre esprit est constamment occupé par quelque chose d’extérieur ?

En réalité, le silence peut devenir cet espace ou certaines questions ont enfin le droit d’exister, et où l'on peut prendre le temps d’y chercher des réponses.

S’habituer au silence peut aussi nous aider à prendre soin de notre santé mentale. Il nous donne un moment à nous, sans distractions, pour prêter attention à nos émotions, faire le tri dans nos priorités et mieux nous comprendre. Bien que l’absence de bruit puisse faire peur, on peut aussi la voir comme un retour à la maison : un chez-soi où l’on est libre de créer, de développer de nouvelles idées et d’être pleinement soi-même.

Et bien-sûr, parfois, ce que vous trouverez dans ce silence pourra être inconfortable. L'objectif n’est donc pas de rester seul avec des pensées qui vous angoissent ni de devoir tout affronter vous-mêmes. Quand certaines choses sont trop difficiles à porter, en parler à quelqu’un ou chercher un soutien professionnel peut aider.

Apprenons à ne pas remplir chaque vide

Pour se détacher un peu du bruit extérieur quotidien et se reconnecter à son monde intérieur, on peut commencer par de petites choses.

Voici quelques suggestions pour vous aider à commencer.

Le matin, essayez de passer quelques minutes sans allumer votre téléphone. Pendant vos trajets, laissez parfois la musique ou le podcast de côté et donnez à vos pensées le temps de décanter.

Au travail, entre deux cours et activités, accordez-vous quelques minutes de pause, sans chercher aussitôt à les remplir.

Et si, dans ce silence, les mêmes pensées reviennent et deviennent trop bruyantes, commencez par les écrire. Vous aurez peut-être là un moyen de les regarder en face et de démêler ce qui semble confus dans votre esprit.

Malgré tout, elle finit par lui souhaiter bonne nuit et déposa son téléphone sur la table de chevet. Le silence qu’elle redoutait s’installa doucement. De la musique ? Un dernier épisode de sa série ? Non. Elle laissa venir ses pensées. Peut-être que, ce soir-là, elle n’avait pas besoin de les faire taire.

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