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Liens et relations

Moi...Les autres...Eux...Le monde

L’amour, la famille, l’amitié : ces liens qui nous blessent sont aussi ceux qui nous portent. Entre la tentation de s’isoler et l’envie de croire encore aux autres, comment leur faire une place sans s’y perdre ?

A

Akassi Grâce Koffi

Rédactrice

6 min de lecture
Moi...Les autres...Eux...Le monde

Dans une même bulle, une même sphère.

Et j’ai maintes fois tenté d’être seule, d’être dans ma paix.

Parce qu’à vrai dire, ils m’ont tellement fait mal.

Ils m’ont tellement fait mal les autres avec leur amour.

Amour trompeur, amour menteur, qui va et vient, qui pars et se barre.

Amour qui ne s’attache qu’à l’intérêt, avide, cupide, calculateur, qui se nourrit de ma générosité, du don de moi, puis, une fois rassasié, repu de ce que j’avais à donner, se volatilise, se désagrège, sans même se retourner, me laissant avec soupirs, souvenirs, fissures, seule à contempler les vestiges d’un lien devenu décombres : amour souriant avec les lèvres mais avec le cœur qui complote.

Moi… et ce garçon que j’ai aimé

Et lui, ce garçon que j’aimais, il n’a pas fait l’exception. Du moins, il n’a jamais voulu faire l’exception.

Il disait m’aimer, me souriait à chaque fois que je disais en douter, me promettait ciel et terre si j’acceptais de donner, donner de moi et croire en nous. Pour la fille si timide que j’étais ce n’était point chose aisée car j’avais chaque jour l’impression de perdre ma coquille, de perdre mon voile et d’être à découvert.

Mais il fallait bien finir par aimer. Et mon cœur, lui, avait choisi cet amour-là. Et pourtant, jours après jours, après m’avoir acquise, il m’a montré sa cruauté sensuelle, son désamour souriant. Il m’a enseigné que certains liens sont des lignes qui nous rapprochent et d’autres sont des lignes qui nous ligotent.

Et moi, j’étais là, attachée à lui qui me tenait sans jamais me retenir. J’étais son refuge quand son monde s’effondrait et quand c’était le mien, il avait les mains vides de secours.

Et peut-être toi qui me lis as sûrement vécu ça un jour en amour, l’amour des autres qui fait si mal.

Moi… et cette famille

Mais il m’a aussi fait mal, ce monde avec sa famille, la famille qu’il m’a donnée, censée me protéger mais avec qui je me sentais agressée.

Censée me porter, mais comment porter si on ne comprend pas et comment comprendre si on n’essaie même pas, si on ne veut même pas.

Famille qui écrase, de son poids, de ses conceptions, de sa prétention. 

Famille qui confond conseiller et condamner, guider et contrôler, aimer et imposer, qui veut me façonner à son image, comme si être différente était être défaillante.

Famille pour qui mes choix sont de l’égarement, mes limites de l’égoïsme et ma douleur est une accusation.

Combien de fois, me suis-je senti cogner, bousculer, mes rêves et mes visions mordus, arrachés, mâchés puis dévorés. Bien qu’entourée, je mourais de solitude.

Et tu viens à vouloir couper les conversations, couper les connexions, couper les souvenirs.

Tu te dis : si le lien fait mal, alors qu’on te délie. Si aimer blesse, alors qu’on te laisse haïr. Si ta famille est une plaie, alors qu’on te laisse devenir ton propre pansement.

Le monde fait mal avec ceux qui sont proches de sang et loin d’émotions, ceux qui partagent ton toit mais jamais tes troubles. Ceux qui savent d’où tu viens mais jamais, où tu vas.

Moi… et cette amitié

Mais ils m’ont aussi fait énormément mal avec leur amitié, eux.

Les ennemis viennent avec des armes, mais l’ami, lui, vient avec du charme et, quand il rencontre ce cœur oblatif, en fait une proie facile.

L’ami connaît tes secrets les plus intimes, tes faiblesses les plus pesantes et tes rêves les plus fous, mais décide d’appuyer là où ça fait mal, de loger le poignard dans la cicatrice. Il détruit en toi l’estime pour ce mot « amitié », il détruit ta confiance pour ceux que tu ne connais pas encore, il détruit ta main qui s’ouvre, ton cœur qui s’offre.

Et tu te punis de l’avoir aimé, de l’avoir accueilli, d’avoir été bonne, trop bonne même. De lui avoir tendu la corde pour t’étrangler et non te hisser, de lui avoir servi la tisane pour te brûler et non se réchauffer, la clé pour t’ouvrir et non t’enfermer.

Cher ami, mes draps ont été témoins des larmes que tu m’as fait couler, mon mur, victime des coups que j’ai mis avec ton image en esprit, mon plafond, des paroles que j’aurais davantage dû te dire, davantage dû te crier en face.

Tu m’as fait mal mon ami, mal comme tous les autres.

Alors j’ai voulu devenir une île. Une île sans adresse. Sans attache. Sans attente.

« Puisque les autres blessent, je n’ai qu’à ne plus avoir besoin des autres. »

Plus d’espoirs. Plus de déceptions. Plus de promesses. Plus de problèmes. Plus personne.

Et là… J’ai compris.

Moi… et ce monde qui m’a aussi fait du bien

Le problème n’était peut-être pas d’avoir des liens. Le problème, c’était de les confier aux mauvaises mains.

Parce que, absurdement, étonnamment et follement, c’est avec les autres, le monde et eux que j’ai vécu mes plus belles histoires.

Moi… et cet amour qui soigne

Mes plus belles histoires d’amour, les discussions profondes et tardives où les doux chuchotements chérissaient l’âme, les balades où ses mains réchauffaient les miennes, son regard attendrissait mon cœur et le faisait sourire.

J’ai connu cet amour qui soigne, celui qui écoute sans chercher à corriger et qui rassure. Alors comment se couper du monde quand une partie de ce monde nous a aussi offert des morceaux de ciel ? Comment condamner l’amour quand il m’a aussi offert des moments qui valaient des siècles ? L’amour qui donne envie de devenir meilleure sans jamais faire croire que je ne suis pas assez, cet amour dans les bras duquel, pendant quelques instants, le monde semblait moins lourd.

Moi… et cette famille qui soutient

J’ai aussi côtoyé mes plus belles histoires de famille, les meilleurs fous rires, les bras qui m’accueillaient dans la tristesse, les pieds qui sautaient pour moi dans la joie, les mains qui m’applaudissaient dans mon succès, les oreilles qui m’écoutaient dans mes troubles, mes craintes et mes doutes.

La famille peut avoir ses fissures, mais abriter de beaux souvenirs. Elle peut être imparfaite sans être entièrement mauvaise. Elle peut parfois nous étouffer, mais parfois nous apprendre à sortir la tête de l’eau. Car sous le même toit, on a entendu des cris de douleur, mais aussi des rires.

Moi… et cette amitié qui élève

Et enfin, mes plus belles histoires d’amitié.
Celles qui ont construit chaque souvenir tel un voyage au paradis, qui, comme des pages blanches, recevaient mes forces, mes douleurs et mes espérances intérieures sans rien demander en retour. Ces amitiés qui m’ont fait encore voir de la lumière même dans le brouillard, ces amitiés qui croyaient en moi plus que moi-même je ne croyais en moi. Ceux qui étaient là dans les grandes victoires, mais surtout dans les petites défaites.

En somme, j’ai connu l’amour qui blesse, la famille qui pèse, l’amitié qui trahit.
Mais j’ai aussi connu l’amour qui soigne, la famille qui soutient, l’amitié qui élève.
J’ai connu des mains qui m’ont poussée dans le vide, mais j’en ai connu d’autres qui m’ont rattrapée.


Ainsi, je ne peux condamner tous les liens à cause de ceux qui m’ont enchaînée. Je veux encore croire, croire en moi et aux autres, croire en moi et au monde, croire en moi et en eux.

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