Aller au contenu principal
Mondes intérieurs

Le monde que personne ne voit

Nous passons beaucoup de temps à essayer de comprendre les autres. Mais combien de fois nous arrêtons-nous pour écouter notre monde intérieur, avec honnêteté et patience ?

Z

Zeinab Jeanne Touré

Rédactrice

4 min de lecture
Le monde que personne ne voit

Il existe en chacun de nous un monde auquel personne n’a accès complètement.

Un monde sans adresse, sans porte, sans fenêtre. Un monde que nous transportons partout avec nous et que nous pouvons pourtant passer des années à ne pas vraiment connaître.

Il s’agit de notre monde intérieur.

On y trouve ce que nous montrons rarement : les pensées que nous gardons pour nous, les questions auxquelles nous n’avons pas de réponse, les peurs que nous minimisons, les blessures que nous avons appris à cacher, mais aussi les rêves que nous n’osons pas toujours formuler.

Et pourtant, c’est souvent dans ce monde invisible que se jouent certaines de nos batailles les plus silencieuses.

Nous confondons facilement ce qui est visible avec ce qui est réel.

Quelqu’un continue de travailler, alors nous pensons qu’il va bien.

Quelqu’un plaisante, alors nous pensons qu’il est léger.

Quelqu’un se tait, alors nous pensons qu’il n’a rien à dire.

Mais, l’être humain ne se résume jamais entièrement à ce qu’il laisse paraître.

Et peut-être que nous sommes nous-mêmes parfois victimes de cette confusion.

Nous savons dire “Je suis fatigué” sans savoir de quoi nous sommes réellement fatigués.

Nous savons dire “Je suis énervé” sans savoir ce qui se trouve derrière cette colère.

Nous savons dire “Je vais bien” alors qu’au fond de nous, quelque chose demande simplement à être entendu.

À force de vouloir fonctionner, avancer, réussir, répondre présent et ne pas déranger, nous pouvons finir par devenir étrangers à ce qui se passe en nous.

Et il y a quelque chose d’étrange là-dedans.

Nous passons beaucoup de temps à essayer de comprendre les autres.

Pourquoi ont-ils changé ?

Pourquoi se sont-ils éloignés ? Pourquoi cette parole nous a-t-elle blessé ?

Mais combien de fois nous arrêtons-nous pour nous poser les mêmes questions ?

Pourquoi est-ce que cela m’a autant touchée ?

Pourquoi est-ce que cette situation me fait peur ?

Qu’est-ce que j’essaie réellement de protéger ?

Le plus difficile n’est peut-être pas toujours de cacher son monde intérieur aux autres.

Parfois, c’est de se cacher à soi-même ce que l’on sait déjà.

Parce que se regarder intérieurement demande une honnêteté qui n’est pas toujours confortable.

Il faut parfois reconnaître qu’une réaction qui nous surprend aujourd’hui porte peut-être quelque chose de plus ancien. Qu’une manière de nous éloigner, de nous taire ou de nous défendre a peut-être autrefois été une façon de nous protéger.

Tout ce qui nous protège ne nous fait pas forcément du bien pour toujours.

Et c’est là, que le travail intérieur devient essentiel.

Non pas pour tout contrôler.

Non pas pour ne plus douter, ne plus souffrir ou ne plus se perdre.

Mais pour apprendre à distinguer ce que nous ressentons de ce que nous décidons d’en faire.

La peur peut être là sans avoir le dernier mot.

La colère peut être réelle sans devenir une blessure infligée à quelqu’un.

La tristesse peut exister sans devenir une définition de qui nous sommes.

Ce que nous ressentons mérite d’être entendu, mais tout ce que nous ressentons ne mérite pas de nous diriger.

Peut-être que prendre soin de son monde intérieur commence simplement par cette capacité à s’arrêter assez longtemps pour se demander ce qui se passe réellement en soi.

Pas pour se juger.

Pas pour chercher immédiatement une solution.

Mais pour regarder.

Avec honnêteté.

Avec patience.

Et parfois, avec l’humilité, d’admettre que l’on a besoin d’aide.

Parce qu’il est possible d’être très présent pour les autres et de ne plus savoir comment être présent pour soi.

Nous passons notre vie à apprendre à vivre avec le monde extérieur.

Nous apprenons à y trouver notre place, à y construire des relations, à y poursuivre nos rêves.

Mais il existe un autre monde que nous transportons partout.

Celui que personne ne peut habiter à notre place.

Celui que personne ne peut entièrement voir.

Et peut-être qu’au fond, se connaître ne signifie pas avoir réponse à tout.

C’est apprendre à ne plus détourner les yeux lorsque notre propre monde intérieur nous demande enfin de l’écouter.

Parce qu’on peut parfois quitter un lieu, changer de vie, s’éloigner des autres.

Mais il y a une personne que nous accompagnerons jusqu’au dernier jour.

Nous-même.

Articles précédent et suivant

Atelier d'écriture en présentiel

Participez à notre prochain atelier

Une session intime de deux heures animée par nos intervenants pour explorer vos émotions par l'écriture libre et guidée. Places limitées à 10 participants.